Trop de bienveillance tue la bienveillance

Trop de bienveillance tue la bienveillance


Nous les femmes, nous adorons parler. Parler de tout et de rien, mais surtout de ce qui nous tracasse.

Lorsqu’une amie nous parle d’une difficulté qu’elle traverse ou d’un problème qu’elle tente de résoudre, nous avons souvent le réflexe de lui donner des conseils sans qu’elle le demande explicitement.

Pour citer un exemple, je vais me mettre dans le rôle de celle qui reçoit un conseil sans l’avoir demandé, puisque je connais bien le phénomène.

Oui, j’aime parler. J’adore parler. Et quand je me sens en confiance, j’ai tendance à trop en dire. Tout simplement parce que j’aime verbaliser ce qui habite mon cœur (et ma tête bien-sûr). M’exprimer m’a été interdit durant de longues années, du coup je me rattrape … et pas qu’un peu !


Il arrive parfois que lorsque je partage une expérience vécue, la personne en face tente de me rassurer ou me dire quoi faire. Je me sens alors court-circuitée et coupée dans mon élan. Ceci crée bien évidemment une réaction vive de ma part, puisque cela me reconnecte à mon passé et les nombreuses fois où l’on me contrôlait en me dictant comment je devais penser et ce que je devais faire, plutôt que de m’écouter. A cette époque, j’aurais préféré que l’on m’encourage à réfléchir pour que je puisse développer mes idées par moi-même et ensuite en discuter, mais je n’étais pas capable de m’affirmer.

Je suis consciente que l’intention de mon interlocutrice est bienveillante, toutefois je me sens étouffée et pas comprise. J’ai longtemps réfléchi à l’effet que cela produit sur moi en pensant que c’était, une fois de plus, dû à mon hypersensibilité déclarée. Et pourtant, j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait simplement d’un besoin non respecté.


Quel est le besoin d’une personne qui se confie à nous ?

En ce qui me concerne, mon besoin sur le moment est de m’exprimer et de partager une expérience. A aucun moment je ne suis dans la demande de conseils, ni dans l’attente que l’on me rassure. Le fait que la personne vienne me livrer son mode d’emploi personnel est vécu comme une agression.

Bien que son intention soit guidée par une certaine bienveillance, je pense qu’il est important de comprendre que lorsqu’une personne ne te demande pas de conseils, cela signifie qu’elle souhaite juste être écoutée.

L’écoute, la présence et l’empathie sont bien plus précieuses que le conseil non sollicité.

Parler fait du bien. Être entendue, encore plus.

Accueillir la personne dans son récit sans l’interrompre est une forme de bienveillance saine et qui sera à tous les coups appréciée et bienvenue. Lui poser des questions pour la pousser dans sa réflexion est également un très bon moyen de lui montrer de l’intérêt tout en lui apportant de l’aide. On appelle ça l’écoute active.


Qu’est-ce que l’écoute active ?

« L’écoute active permet souvent d’établir un lien de confiance rapide. Elle offre un espace neutre, où les mots, les émotions, sentiments, peuvent être déposés sans influence aucune des interprétations ou d’interruptions pour raconter nos propres histoires. Être écouté avec attention finalement suffit en soi à trouver sa propre voie. »

Carl Rogers, psychologue humaniste

… tandis que la bienveillance mal placée peut être perçue comme une forme déguisée de contrôle sur l’autre.

Mais là encore, toute est question de perception.

Si tu te reconnais dans le rôle de “conseillère compulsive”, je t’invite à te poser les questions suivantes :

  • Qu’est-ce qui te pousse (inconsciemment ou pas) à conseiller une personne qui n’a pas formulé de demandes ?
  • Ne chercherais-tu pas à lui venir en aide afin d’obtenir sa reconnaissance et son amour en retour ?
  • Ou de donner une bonne image de toi ?

Soyons honnêtes, nous avons tous besoin d’être appréciés et valorisés.

Je pense toutefois qu’il est important de comprendre pourquoi nous le faisons, puis de lâcher notre égo et respecter le besoin de l’autre en lui offrant notre écoute et notre présence. Il est inutile d’en faire plus.

Lorsqu’une personne exprime clairement qu’elle est en souffrance, tu peux bien-sûr lui demander “Comment puis-je t’aider ?“.

En l’écoutant attentivement et en respectant son besoin, la relation restera saine et équilibrée.

En conclusion, la bienveillance doit être bien dosée et surtout appropriée au moment et au besoin de la personne.


Petit exercice :

Lorsqu’une amie te parle d’une difficulté, observe tes réactions.

  • Es-tu dans l’accueil total, en écoute active ?
  • Es-tu plutôt en train de préparer ta réponse sous forme de conseils ?
  • As-tu l’habitude de l’interrompre pour lui donner ton avis ou parler de toi ?
  • D’après toi, qu’attend-elle de toi lorsqu’elle se confie à toi ? Tu peux ensuite lui poser la question afin de comparer vos deux visions

Que tu te reconnaisses dans un rôle ou dans l’autre, n’hésite pas à me contacter à info@lapenseeautrement.ch si tu souhaites être accompagnée.

Sens-toi libre également de laisser un commentaire pour faire part de ton expérience.